Première économie de l'Union européenne, l'Allemagne tire sa puissance d'un modèle industriel exportateur construit autour de la mécanique, de l'automobile et de la chimie. Cette puissance économique s'est longtemps accompagnée d'une retenue stratégique héritée de l'histoire, mais le tournant de 2022 et la guerre en Ukraine ont rouvert le débat sur la responsabilité militaire allemande.
Olaf Scholz a engagé en février 2022 une Zeitenwende — un changement d'époque — assortie d'un fonds spécial de cent milliards d'euros pour la Bundeswehr. Trois ans plus tard, le bilan reste mitigé : les commandes ont été passées, mais le réarmement effectif se heurte aux lenteurs administratives et aux contraintes industrielles.
Berlin reste tiraillée entre trois identités : puissance commerciale globale dépendante du marché chinois, allié transatlantique fidèle, pilier du couple franco-allemand au sein de l'UE. La doctrine actuelle consiste à ménager les trois piliers, au risque de l'ambiguïté stratégique sur les dossiers sensibles.
Le retour de la coalition CDU-SPD en 2025 s'accompagne d'une volonté de clarification sur la défense, l'énergie et la politique chinoise, sans pour autant rompre avec le tropisme exportateur qui structure depuis l'après-guerre l'économie politique allemande.
La désindustrialisation rampante constitue le risque structurel majeur. L'arrêt du gaz russe a renchéri durablement l'énergie, et la concurrence chinoise sur l'automobile électrique remet en cause le cœur du modèle exportateur. La balance commerciale avec la Chine est devenue déficitaire en 2023 pour la première fois en trente ans.
La capacité allemande à se réinventer industriellement déterminera son influence à dix ans. Une Allemagne en relatif déclin économique modifierait profondément l'équilibre européen, au bénéfice possible de Paris, Rome ou Madrid.